La cité Lacustre

« A Sméraldine, ville aquatique, […] le chemin le plus court d’un point à un autre n’est pas une droite mais une ligne en zigzags ramifiée en variantes tortueuses. »
 Les villes invisibles, Italo Calvino

axo eclatéeLe potentiel du site réside dans sa configuration géographique que le projet exploite en reconnectant la ville de Neuilly sur Marne avec le canal et la Marne.
D’un point vu paysager, le site s’inscrit dans le réseau des grandes masses végétales du territoire (base de loisirs de Vaires sur Marne, de Torcy, parc des 33 hectares, parc des Coteaux d’Avron, parc de Champs, bois de Brou…).
Il développe, plus particulièrement, une relation paysagère étroite avec le parc Départemental de la Haute Ile adjacent au site et offre un séduisant univers de friche végétale. Dans le développement du projet, nous avons composé entre ce paysage originel et les besoins d’urbanisation, et  la création d’un paysage artificiel.

Spécificités du site et mutations

Eau : du risque à la poésie

Le projet intègre l’eau comme une qualité paysagère, dans un schéma de vie conscient et alerte. L’eau présente des risques, mais il est ici question de maitriser ce risque de manière à vivre en harmonie avec l’eau, et de l’intégrer dans les nouvelles formes de conception de l’aménagement urbain. Le paysage est donc modelé de manière à accepter l’inondation et à constituer une réserve potentielle en cas de crues. (D’où le respect du PHEC).

 

story débordLes routes principales, les réseaux d’assainissements, les ordures, les commerces, les bureaux, les habitations et les équipements publics sont non inondables.
Le risque est ainsi limité pour la population et ne  »mobilise pas la solidarité nationale et les assurances ». La topographie du site se retrouve remodelé à travers un aménagement fait de terrassement, remblais et déblais : d’où la création d’une stratification du sol, dont les fonctions diffèrent d’un lieu à un autre.

Le contexte

La richesse du site stratégique est sa nature abondante, son aspect sauvage. C’est une friche naturelle en devenir, un réel patrimoine à conserver, à mettre en valeur et à confronter avec l’eau. Malgré cela, le site est enclavé, en déshérence, la zone est distendue, et les activités aux alentours diluées. Il faut ouvrir le site, le reconnecter à Neuilly sur Marne, et par la même connecter Neuilly-sur-Marne au canal et à la Marne. Vivre près de l’eau et du paysage est une vraie valeur ajoutée.

Comment habiter dans un paysage inondable ?

Le site a un potentiel naturel riche. On y découvre une ville paysage en rapport étroit avec son environnement naturel. La ville vient s’y accrocher tout en se délitant au milieu de la flore : une ville suspendue à un niveau hors d’eau qui surplombe une nature aqueuse, végétale et inondable. La partie basse devient une réserve de crues végétale.
Un niveau haut artificiel la ville, un niveau bas naturel, le paysage, en correspondance avec le parc départemental de l’autre côté du canal.

vue aerienne

Chaque niveau a son réseau hydraulique spécifique. Celui du niveau haut consiste en des bassins reliés par un système hydraulique. Très géométriques, ils mettent en scène le côté artificiel propre à la ville. Plans miroirs, ils reflètent les bâtiments et le paysage. Ils rafraichissent la ville en été. Ce sont des lieux de jeux ou des espaces de détente. Cet archipel liquide artificiel est en contact direct avec le niveau artificiel urbain.
Au niveau du parc, l’eau peut s’infiltrer de façon plus irrégulière dans des failles plus ou moins profondes. Naturel, ce réseau permet au dessin de l’eau d’être différent au cours du temps. Il change en fonction des saisons, des années…Très immergé en hiver, il peut atteindre son niveau maximal (tout le niveau bas immergé) lors des grandes crues centenaires. En été, un niveau minimum reste toujours submergé. Entre les deux, l’eau s’infiltre de façon aléatoire selon les saisons. Quand l’eau se retire, elle dévoile des bancs, des traitements minéraux, des passerelles et des plantes aquatiques : le paysage change constamment.

Ces réseaux d’eau sont nécessaires à la maîtrise du risque de la montée des eaux inhérente au site. Il s’agit ici de transformer cette contrainte en valeur ajoutée et d’en faire l’attrait majeur du territoire. Ces archipels liquides forment des cavités paysagères dont la fonction évolue selon les présences programmatiques. La présence de l’eau est ressentie, perçue ou visible quand on habite; elle est suggérée lorsqu’on circule. Dans les deux cas, elle travaille avec le sol, permet de remodeler la topographie du terrain.
Les deux réseaux d’eau couplés à la flore du parc du niveau bas permettent d’avoir différents types de paysages qui se complètent.

PLAN MASSE LE VRAI LE B'EAU

Des équipements publics associés à des esplanades publiques sont installés dans la ville à des endroits stratégiques qui permettent la mixité urbaine. Nous proposons un équipement lié au cluster Descartes, un endroit d’expérimentation, une piscine en rapport avec plage, un pavillon de l’eau, et le pôle multimodal. D’autres équipements de proximité (commerces, crèches, bureaux) viendront se greffer aux bâtiments.
Un nouveau réseau viaire vient connecter tous ces programmes. Il se raccroche aux principales voies existantes de l’autre côté de la RN pour créer des continuités avec la ville.

L’habitat
Les logements du projet sont spécifiques au site. Nouveaux modes d’habiter, ils sont la représentation de la résonnance que peut avoir un territoire sur ses nouveaux modes de vie.

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Deux types de bâtiments se trouvent sur le site.
L’habitat paquebot sur pilotis, est fragmenté. Il est à cheval entre la ville haute et le parc.
Des coursives filantes regroupent ses entités. Leur principe architectural s’adapte aux aléas de l’eau.  Dans sa disposition et sa structure, il intègre un paysage sauvage et naturel qui peut, en fonction des temporalités, être recouvert d’eau (en hiver) ou végétalisé (au printemps).

Par conséquent, le paysage évolue et change d’aspect; il est cependant constamment maîtrisé.  L’habitat est confronté à l’eau, qu’elle s’exprime sous la forme de poche ou de noue. Un seul principe architectural se dégage; Cependant, plusieurs paramètres le font évoluer selon les aspérités du site et ses accidents. Comme un paquebot qui avance, le bâtiment reste le même et le paysage se transforme.

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Le front bâti, lui se constitue d’un ensemble de bâtiments en imbrication de plus forte densité. Leur orientation est parallèle à la RN. Leur disposition permet une infiltration des fluxs, et donne un nouveau rythme à la nationale. Cette façade vers Neuilly-sur-Marne permet des connexions réelles avec la ville.

 

Approche durable
Le projet permet un cycle de l’eau continu grâce aux infiltrations et à la récupération des eaux.
Pendant que les failles se remplissent en hiver, les bassins emmagasinent des réserves pour l’été. L’eau retenue servira à rafraîchir le quartier lors des grosses chaleurs estivales et assurer l’irrigation nécessaire aux espaces verts dans la mesure de leur capacité.
Les plans d’eau qui rafraîchissent la ville en été permettent aussi de diminuer son besoin en énergie.

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Concours : Europan
Lieu : Neuilly sur Marne, France
Conception : Atelier Hô en collaboration avec l’agence d’architecture WAO et Valérie Garachon
Année : 2013

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