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DU MOUVEMENT TRAÇANT A LA FORME TRACÉE

. Se confronter au lieu par la danse : le Mémorial des Martyrs de la Déportation, de G. H Pingusson

«Chaque marche franchie est un enfouissement un peu plus profond, entre deux murs dont la hauteur ne varie pas. Cette étroitesse oppressante opère alors un bouleversement de la perception : le visuel fait place au corporel. Car c’est bien à ces corps mutilés, sans vie, que le mémorial rend hommage.»
«On vit un instant dans un espace qui nous entoure et nous investit. Le visiteur n’est ni maître ni possesseur de l’espace. Chaque pas est un pas vers une butée visuelle.» G.H. Pingusson

. Chorégraphier l’espace – Construire la danse

Cet atelier consiste à construire une corrélation entre corps et espace à travers des formes d’expressions corporelle à partir des émotions que dégage le Mémorial des Martyrs de la Déportation : l’oppression et la tension.
Le principe vise à exprimer ces émotions par le geste dansé dans un espace neutre, et d’adapter dans un second temps cette gestuelle au Mémorial des Martyrs de la Déportation.
L’atelier s’est concrétisé par la réalisation d’un court-métrage in-situ, visible en cliquant sur le lien ci-dessous:
Court-métrage : Anatomie de l’espace – Tension spatiale des corps en mouvement
Film sélectionné au programme du Festival Videodanza Ecuador Edition 2009 
Conception : Atelier Hô
Réalisation : Atelier Hô et Sebastian Belmar
Danseur et danseuse : Sebastian Belmar et Shim Kyung Eun
Année : 2009
© photo et vidéo : Maïlys Hô
Musique : Présences Architectoniques de Paul Chantereau (assisté de Mathieu Maestracci) Remerciements : Séminaire Art Image et Ville . ENSA-PB /Ministère de la défense de la République Française /Responsables des Haut Lieux Patrimoniaux de France /Paris-Film

En quoi une réflexion sur la danse et le mouvement peut-il nous amener à mieux penser l’architecture?

La double approche qui tend à trouver une corrélation entre la danse et l’espace architectural nous a d’abord permis de constater que les similarités résident dans le procédé et le langage employé par ces disciplines respectives.
Les théoriciens de la danse comme Laban ont ressenti le besoin de trouver un vocabulaire codé pour mieux exprimer l’essence même du mouvement tracé par le danseur, au même titre que les architectes ont développé des codes de représentation universels. Cela révèle une méthode de réflexion qui, pour l’architecte comme pour le chorégraphe, s’appuie sur les mêmes fondements spatiaux et structurels. 

La danse invoque le perceptible, et l’architecture s’exprime par le visible.
Cette perception intérieure et extérieure de l’espace que nous avons voulu exprimer à travers le travail du corps a permis de révéler la trace d’une forme architecturale dessinée par le mouvement ainsi que l’existence d’une force qui travaille en tension entre le volume architectural et le danseur. 
La question qui a animé cette réflexion et qui consistait à savoir si le corps génère une spatialité propre ou si c’est l’environnement spatial lui-même qui conditionne un mouvement s’est trouvée être décuplée et enrichie d’une relation de cause à effet. 
Il existe une sorte d’échange fusionnel entre le volume spatial dégagé par le danseur et les contraintes architecturales existantes qu’il absorbe. Ces contraintes servent l’oeuvre chorégraphique et ne l’entravent pas. Elle l’enrichissent. Au même titre que les contraintes spatiales d’un terrain alimentent le projet architectural.

Etudier la danse et le mouvement traçant d’un danseur pour en révéler la forme tracée peut donc s’avérer très enrichissant pour comprendre l’anatomie de l’espace, sa structure, et ses qualités.
Comprendre la manière dont la danse se construit dans un espace donné peut être un moyen de conception architecturale alternatif et par conséquent, se révéler être une méthode de compréhension des usages et d’habitabilité des hommes.
Cette étude rend à présent possible le moyen d’étendre ce travail à une recherche plus longue et approfondie sur les codes de représentation sensoriels. Quels sont les codes graphiques permettant d’exprimer la perception sensorielle de nos mouvements dans un type d’espace existant ou projeté.

C’est le rapprochement de l’architecture à l’homme non plus dans sa structure, mais dans ce qui l’enveloppe : une membrane architecturale qui rappelle le corps humain ; une distribution déliée, souple et en mouvement qui rappelle le danseur régit par les lois de l’espace, des flux et de la gravité.

Conception : Atelier Hô
Réalisation : Atelier Hô et Sebastian Belmar
Danseuse et danseur : Sebastian Belmar et Shim Kyung Eun
Année : 2009
© photo et vidéo : Maïlys Hô